Lettre à mon bébé

Mon tout petit.

Aujourd’hui tu as sept mois et vingt trois jours. Soit 235 jours. 235 jours de bonheur, 7 mois et 23 jours de rêve.

Mais pour moi, tu as plus que ça. Pour moi tu es présent depuis que j’ai senti mes seins devenir lourds, et que j’ai eu d’étranges bouffées de chaleur un mardi 18 mars.
Bizarre sensation, qui m’a fait douter, douter de ma contraception, pourtant affirmée comme plus sûre que la pilule, mon cher Stérilet.
Cette sensation, qui m’a fait en parler à une amie qui était tombée enceinte sous stérilet et qui m’a donné l’indication la plus intelligente possible (et dont je la remercie encore aujourd’hui): “Fais un test”.

Et je l’ai fait ce test, j’ai attendu le week end pour pouvoir le faire avec celui qui est ton père. J’ai attendu le samedi matin, je me suis réveillée à 8h20 et j’ai filé aux toilettes.

Je n’ai pas eu à attendre les trois ou cinq minutes, les deux lignes sont apparues en même temps que le test s’imprégnait. Une plus fine que l’autre, mais DEUX LIGNES.

La première chose que j’ai pensé c’est: “y’a deux lignes putain” (oui ou j’ai aussi pensé le gros mot).
La seconde a été: “Est-ce qu’il va l’accepter?” lui, c’est ton père bien sûr.
Moi je savais déjà,  j’avais su que tu étais là, je n’avais pas eu besoin d’attendre mes règles, ou de ne pas les avoir, moi je savais, mon corps m’avait dit que tu étais caché en moi, toi ma petite bouille d’amour.

Je suis allée le réveiller. Je t’avoues mon cœur, je n’ai pas vraiment fait dans la délicatesse. Je lui ai juste dit: “réveille toi, il faut qu’on parle”. Et on a parlé. On s’est demandé si je devais avorter, car même si moi je te voulais, il était hors de question que je t’impose à ton père. Et il était hors de question pour moi d’avoir un bébé seule. Je sais ce que c’est que d’élever son enfant seul. J’ai vu ta grand mère le faire avec moi. Elle n’a pas failli, mais c’était dur. Et je voulais une vraie famille pour toi.

Il a accepté, puisque tu es là, tu le sais aussi bien que moi. Il était très content, angoissé mais content.

Nous avons quand même fait un deuxième test pour “être sûrs”. Je n’oublierais jamais la tête de la pharmacienne ni ses paroles condescendantes, quand elle nous a vus arriver. Elle a quand même osé nous dire: “Vous savez, un test de grossesse ça ne s’effectue pas juste après un rapport, ça marche qu’à partir d’un retard de règles”.
On était tellement interloqués ton père et moi, qu’on a juste pu lui balbutier un “oui bien sur, on sait”.
Mais on a pris le test. Et je l’ai fait l’après midi, je m’étais dit que si vraiment tu étais là, que je fasse le test le matin ou l’après midi n’aurait aucune importance.
Et le deuxième test fut positif aussi.

Alors en rentrant à Toulouse, j’appelais le service médical pour savoir ce que je devais faire. S’est suivi trois quatre jours intenses ou je devais faire des prises de sang, aller en cours puis aller aux rendez vous médicaux. On m’a demandé si je voulais avorter, c’était non. On m’a alors dit qu’on devait retirer le stérilet et qu’il y avait une probabilité, forte, que tu partes avec. J’ai accepté cette possibilité car je n’avais pas d’autre choix.

Est venu le jour du retrait. J’avais eu un rendez vous très tôt le matin, pour ne pas rater les cours, pour ne pas avoir à m’expliquer sur mon absence. Ta marraine m’a accompagnée. J’étais assez angoissée. Mais cela ne m’a pas fait mal, et il y a eu très peu de sang. Une bonne nouvelle. Je suis allée en cours puis je suis rentrée chez moi.

Le lendemain soir je perdais du sang, s’en est suivi une véritable crise d’angoisse ou j’ai eu très peur de t’avoir perdu. Je suis allée aux urgences. Il faisait nuit, il n’était pas loin de minuit, il n’y avait personne mais j’ai quand même patienté près d’une heure.
Quand je suis entrée dans la salle d’échographie, l’interne m’a dit: ” Je ne vois qu’un sac, soit c’est plus jeune que ce que vous croyiez, soit c’est mort”. Je te rapporte ses paroles exactes. Autant te dire que les professionnels de santé manquent cruellement de savoir vivre et de respect de l’être humain.

Je t’avoue, j’ai cru que tu étais vraiment parti. Mais avec ton père on a décidé d’espérer jusqu’au moment de l’échographie du 1er trimestre. On t’a annoncé à tes grands parents paternels (ta mamie de mon côté le savait déjà) et à ta tante.
Puis nous avons patienté, plus d’un mois.
Le jour de la première échographie, j’étais seule. Ton père ne pouvait pas se libérer et il travaillait à plus de deux heures et demi de route. Je me suis déshabillée, mais j’ai quand même gardé ma culotte. L’échographiste a posé du gel froid et sa sonde sur mon ventre et a fouillé.

Soudain, je t’ai vu. Pas un sac non, mais un petit têtard, avec deux bras, deux formes de jambes; deux mains… Une énorme tête aussi. Et qui sautillait partout! Depuis quelque temps je sentais comme des papillons dans mon ventre, et je me suis rendue compte que c’était bien toi que je sentais sauter. Tu étais toujours là. Tu étais là.

Déjà à ce moment j’ai vu que tu n’appréciais pas du tout la sonde. Ton espace soudain écrasé, vraiment ça ne te plaisait pas. Et comme je te comprends.

J’ai vécu un début de second trimestre agréable. Je me suis laissée à vraiment espérer, je t’ai acheté quelques vêtements. Ton père et moi sommes partis en vacances à l’étranger. J’ai ressenti des fatigues. Mais rien d’important.

En rentrant il était temps pour la seconde échographie. Ton père était là, et toi aussi.
On a découvert que tu étais un garçon. On était contents (et nous le sommes toujours d’ailleurs).
Mais on a aussi découvert que tu étais “petit”, que tu avais un petit fémur. On m’a affirmé qu’il n’y avait rien de grave et que nous verrions lors de la prochaine échographie.

J’ai tout fait pour te faire grandir et grossir, j’ai mangé plus, je respirais plus profondément, j’ai déménagé au grand air chez ton père, je dormais sur le coté qui favorise les échanges. Bon je ne grossissais pas malgré tout ce que je mangeais. En tout la veille de l’accouchement je ne pesais que 3 kilos de plus qu’avant grossesse. J’avais arrondi a 3,5 kilos pour faire un chiffre rond au médecin (et quand même donner l’impression que ça avait bougé).

Je n’avais pas de diabète qui a été vérifié plusieurs fois, on a vérifié aussi si je n’avais pas eu contact avec le CMV (cytomégalovirus) très dangereux pour le fœtus, dont on ne parle pas assez aux femmes enceintes
{c’est vrai on fait tout un tintamarre de la toxoplasmose qui n’est quasiment pas attrapée mais ce virus qu’on attrape en travaillant ou en vivant avec de jeunes enfants surtout (oui c’est très fréquent chez les tout petits notamment en crèche) et qui est contagieux ne fait l’objet d’aucune campagne d’information réelle.}

Il s’est avéré que j’avais eu contact avec le CMV mais les antigènes semblaient anciens donc pas d’inquiétude à ce niveau là.

Puis dans cette angoisse latente, est venue la troisième échographie, nous y sommes allés à deux bien sûr, c’est celle qui a tout fait basculer. On m’a dit que, vraiment, tu étais trop petit, que ça n’allait pas. L’échographiste a discuté immédiatement avec ma sage femme de la maternité et ils ont conclu qu’il fallait que je refasse une écho de contrôle trois semaines plus tard.

Ce furent trois semaines d’angoisse. De la pure angoisse. Bien entendu j’ai doctissimé, que pouvais-je faire d’autre? Je n’avais pas vraiment de réponses à mes questions, je me préparais au pire, tout en me préparant au meilleur des cas à savoir que tu reprendrais ta croissance.

Je mangeais encore plus même si j’avais de moins en moins d’appétit, je dormais plus et que sur le côté, malgré mes douleurs de dos. Je me reposais au maximum, déjà que je ne faisais pas vraiment d’efforts avant  toujours à cause de mon dos.

Trois semaines plus tard, Je suis allée faire l’échographie de contrôle cette fois directement à la maternité. Rien n’avait bougé, tu avais grandi mais pas assez pour eux, ils m’ont clairement dit qu’il y avait un risque que tu sois trisomique, ou nain.

Ils ont pris en urgence un rendez vous pour faire une échographie morphologique dans un cabinet spécialisé. Mais il y avait quand même une semaine d’attente.

Ca nous a laissé le temps de la réflexion. J’étais déjà à 36 semaines. presque 37. Si tu avais un “problème” ferions nous une IMG? Aurions nous la force de faire ce choix? Et d’assumer ce choix ensuite quel qu’il fût?

Nous en avons discuté, tous les jours. Mais nous revenions à la même conclusion. S’il advenait que tu étais vraiment trisomique, nous aurions fait le choix d’une IMG.

C’était ce que nous avions toujours décidé, dès le début de la grossesse, et même bien avant. Car, même si certains arrivent à faire le choix d’accueillir un enfant “différent” nous n’aurions pas pu. Non pas que nous ne l’aurions pas aimé. Au contraire. Ni que nous n’aurions pas pu nous en occuper. Non cela ne nous concernait pas nous mais cet enfant qui aurait été différent.

Car, si nous venions à disparaitre, qui s’occuperait de lui? Et lui, serait-il heureux dans un monde qui ne lui est pas adapté? Nous pourrons toujours être aussi idéalistes que possible, nous savons tous que le monde, et les humains, acceptent avec difficultés ce qui leur est différent. Il aurait été moqué, il aurait été rabroué et sûrement humilié.

Certains parents arrivent à protéger leurs enfants, ou ils pensent qu’ils y arriveront malgré tout. Nous ne voulions pas imposer notre choix à cet enfant. A toi, si tu avais été cet enfant.

Nous aurions fait le choix d’une IMG même à 37 semaines. Car nous avions fait ce choix pour la vie future de cet enfant, et elle ne changeait pas qu’on soit à 5 semaines ou à 37. Son futur serait toujours le même. Donc notre choix ne devait pas varier, aussi dur qu’il puisse être.

Le jour de l’écho morpho j’étais hyper angoissée. Mais l’échographiste a eu vite fait de me rassurer. Rien pour elle ne laissait entrevoir un problème d’ordre chromosomique.

Déjà depuis deux semaines on me menaçait d’un accouchement déclenché. Ce fut pire ensuite. Une fois qu’on avait écarté la trisomie, il se sont vraiment arrêtés sur le Retard de Croissance Intra Utérin. Et j’ai eu droit à deux monitoring par semaine plus une échographie. Et ce jusqu’à la veille de ta naissance. Mais cela je te le raconte dans une autre lettre. Et crois moi, pour une maman qu’on ne devait pas fatiguer et qui ne devait pas se fatiguer, je n’en pouvais plus de faire les aller retour jusqu’à la maternité.

Alors mon bébé. Aujourd’hui je remercie D’ieu, le ciel, la terre, les oiseaux, la nature, le monde, les étoiles, les comètes, la galaxie, l’univers et ton père. Je les remercie d’avoir fait que tu sois parmi nous. Que tu sois avec moi, mon tout petit à moi.

Je t’aime mon fils. Bien au delà de l’entendement. Je t’aime et les mots eux mêmes ne sont pas assez forts pour exprimer ce que je ressens quand je te vois évoluer, rire, jouer, marcher à quatre pattes, tomber, pleurer et te relever.

Mon fils, il y a sept mois et 23 jours, j’étais en salle d’opération à ce moment précis, en train d’être préparée pour t’accueillir. Non, nous étions, ton père et moi, dans cette salle d’opération. Et ce fut le moment le plus heureux de notre vie, même si sur le moment je n’en eus pas complètement conscience (merci les médicaments).

Je t’aime mon fils, et je ne cesserai jamais de t’aimer…

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s